Hey Dom

Publié le 18 mai 2026 · 15 min de lecture

Quel statut pour vendre ses créations fait main en 2026 ? Micro, EI, artiste-auteur, SASU comparés

Vous avez décidé de vendre vos créations. Très bien. Mais avant la première vente, il faut un statut juridique. C'est obligatoire — pas pour faire plaisir à l'administration, mais parce que sans ça, vous travaillez illégalement et l'URSSAF peut vous redresser sur 3 ans en arrière.

Le problème : entre micro-entreprise, entreprise individuelle, artiste-auteur, SASU, association, beaucoup d'artisans s'enferrent dans des choix mal calibrés ou bloquent leur projet pendant 6 mois "le temps de se renseigner". Cet article tranche, sans jargon administratif, basé sur les choix réels de centaines d'artisans français qui ont passé l'étape.

Sommaire

La règle de base : se déclarer dès la première vente régulière

Avant d'arbitrer entre les statuts, posez la bonne question : est-ce que j'ai besoin d'un statut ?

Réponse courte : oui, dès que vous vendez à des inconnus de manière régulière. La loi française ne donne pas de seuil minimum en euros : c'est la régularité et le caractère lucratif qui caractérisent une activité professionnelle.

Situation Faut-il se déclarer ?
Vous vendez 3 pièces sur le bon coin une fois par an Non
Vous offrez des créations à des amis sans les vendre Non
Vous postez sur Instagram avec un prix et acceptez des commandes Oui
Vous tenez un stand sur un marché (même 1 par an) Oui
Vous avez ouvert une boutique sur Etsy, Hey Dom, A Little Market Oui
Vous facturez du sur-mesure même occasionnellement Oui

Le risque concret en cas de non-déclaration et de contrôle URSSAF : redressement rétroactif sur 3 ans sur les sommes encaissées (cotisations + majorations de 25 à 80 %), plus une amende pour exercice illégal d'une activité non déclarée. C'est exceptionnel, mais ça existe — et le fisc et l'URSSAF croisent désormais leurs données avec les plateformes (Etsy, Hey Dom, Vinted, Leboncoin) qui leur transmettent automatiquement les revenus de leurs vendeurs au-delà de 3 000 €/an ou 20 transactions/an.

Les 5 statuts envisageables pour un artisan en 2026

Cinq options réelles, par ordre de pertinence pour un artisan typique :

  1. Micro-entreprise (anciennement auto-entrepreneur) — pour la majorité
  2. Entreprise individuelle (EI) au régime réel — quand les charges sont lourdes
  3. Statut artiste-auteur — pour peintres, sculpteurs, photographes d'art
  4. SASU / EURL (société) — quand on grossit
  5. Association loi 1901 — cas très spécifiques

Tableau comparatif rapide

Données 2026 vérifiées :

Critère Micro-entreprise EI au réel Artiste-auteur SASU
Coût d'immatriculation Gratuit Gratuit Gratuit ~200-400 € (Kbis + capital)
Délai immatriculation 1-2 semaines 2-4 semaines 2-4 semaines 4-8 semaines
Comptabilité Livre des recettes Comptabilité complète Tenue simplifiée Comptabilité complète
Expert-comptable nécessaire ? Non Très conseillé (~80-150 €/mois) Optionnel Quasi obligatoire (~150-300 €/mois)
Cotisations sociales 12,3 % CA (biens) / 21,2 % (services) ~45 % du bénéfice net ~17 % du revenu ~70 % du salaire net (assimilé salarié)
TVA Franchise jusqu'à seuils Applicable selon CA TVA 5,5 % œuvres originales Applicable selon CA
Plafond CA 188 700 € biens / 77 700 € services Aucun Aucun Aucun
Distinction patrimoine perso/pro Faible Renforcée depuis 2022 Faible Forte (société = personne morale)
Idéal pour Démarrage, petits CA CA moyen avec grosses charges Œuvres d'art originales CA > 80 k€, embauche, dissociation

Micro-entreprise : pour 80 % des artisans qui démarrent

Si vous démarrez et que vous fabriquez des objets (bijoux, céramique, maroquinerie, textile, papeterie, savonnerie, bougies, etc.), votre statut par défaut est la micro-entreprise.

Ce que c'est concrètement

Pourquoi c'est le bon choix au démarrage

  1. Aucun risque : pas d'engagement long, vous pouvez fermer en 1 clic si l'activité ne décolle pas
  2. Coût quasi nul quand vous ne vendez rien : 0 € d'abonnement, vous payez uniquement sur ce que vous encaissez
  3. Comptabilité simplifiée : un livre des recettes (date / client / montant) suffit
  4. Compatible avec n'importe quel autre statut (salarié, demandeur d'emploi, étudiant, retraité)
  5. Compatible avec toutes les plateformes : Hey Dom, Etsy, Shopify, marketplaces françaises

Quand la micro-entreprise devient un piège

La micro calcule vos cotisations et impôts sur votre chiffre d'affaires brut, pas sur votre bénéfice. Concrètement : si vos charges réelles (matières premières, atelier, machines, électricité atelier, packaging, plateforme) dépassent 30-40 % de votre CA, vous payez des cotisations et de l'impôt sur de l'argent que vous n'avez pas réellement gagné.

Exemple concret :

💡 Si vos charges réelles atteignent ~50-60 % de votre CA et que votre activité est stable, regardez l'EI au réel. Faites le calcul avec un expert-comptable qui prend 80 € de l'heure, le ROI est clair en quelques mois.

Entreprise individuelle (EI) au régime réel

L'EI au réel, c'est la même structure juridique que la micro (vous êtes une personne physique exerçant une activité), mais avec un mode de calcul fiscal différent :

Pour qui

Le coût caché

Comptez 80 à 150 €/mois d'expert-comptable (un comptable n'est pas légalement obligatoire mais en pratique indispensable pour le réel). Ce coût est lui-même déductible. À partir de quel CA ça devient rentable ? Approximativement quand votre CA mensuel dépasse 2 500-3 500 € avec des charges réelles importantes.

Statut artiste-auteur : peintres, sculpteurs, photographes d'art

C'est un statut distinct de la micro et de l'EI, géré par l'URSSAF Limousin (ex-AGESSA et MDA fusionnés depuis 2019).

Qui peut prétendre au statut artiste-auteur ?

Ce qui n'est PAS artiste-auteur

Ce que ça change concrètement

Inscription

Sur le portail URSSAF artistes-auteurs (artistes-auteurs.urssaf.fr), il faut justifier d'au moins une vente d'œuvre dans l'année (facture ou bordereau de vente).

SASU et EURL : pour passer un cap

Quand votre activité dépasse 80 000 €/an de CA, que vous voulez embaucher, ou dissocier votre patrimoine personnel de votre activité, vous regardez les sociétés.

SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle)

EURL (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée)

Quand passer en société ?

Pas avant 80 000-100 000 € de CA annuel stable. En dessous, le coût administratif de la société (compta + cotisations + formalités) mange l'avantage fiscal. La règle pratique : si vous avez 2 années consécutives au-dessus de ce seuil et que ça monte encore, c'est le bon moment de consulter un expert-comptable.

Association loi 1901 : un cas particulier rarement pertinent

Beaucoup d'artisans pensent à l'association pour démarrer "sans contrainte". C'est presque toujours une mauvaise idée pour vendre des créations.

Pourquoi

Quand c'est pertinent

Pour un artisan individuel qui veut vendre ses créations, oubliez l'association. Prenez la micro.

Comment choisir : l'arbre de décision

Pour vous éviter de relire l'article :

  1. Vous fabriquez des objets en série (même petite série) ?

    • Oui → ❷
    • Non, je crée des œuvres uniques d'art (peinture, sculpture, photo d'art) → Artiste-auteur
  2. Vos charges réelles dépassent 50 % de votre CA et votre activité est stable ?

    • Non → ❸
    • Oui → EI au régime réel
  3. Vous démarrez ou vous avez moins de 80 000 € de CA annuel ?

    • Oui → Micro-entreprise
    • Non → ❹
  4. Vous voulez optimiser dividendes et bonne couverture sociale ?

    • Oui → SASU
    • Non, je veux minimiser les cotisations → EURL

Pour 80 % des artisans français qui démarrent : micro-entreprise. Vous changerez plus tard si nécessaire — c'est facile et gratuit.

Comment s'immatriculer concrètement (les 3 étapes)

Étape 1 : Choisir le bon code APE / NAF

Le code APE (Activité Principale Exercée) classe votre activité dans une nomenclature INSEE. Quelques exemples pour artisans :

Le code APE n'a aucun impact fiscal direct, mais il détermine votre rattachement à une chambre de métiers (ou de commerce) et apparaît sur vos factures. Pas de stress si vous ne choisissez pas le code "parfait" : vous pouvez le modifier ultérieurement par déclaration en ligne.

Étape 2 : S'immatriculer en ligne

Étape 3 : Ouvrir un compte bancaire dédié

Les 5 erreurs de débutant les plus coûteuses

1. Attendre "d'être prêt" pour s'immatriculer

Si vous vendez à des inconnus régulièrement sans statut, vous travaillez illégalement. L'immatriculation prend 15 minutes et coûte 0 €. Faites-la avant la première vente publique.

2. Choisir l'EI au réel "pour faire pro" alors qu'on démarre

L'EI au réel a du sens uniquement si vos charges sont lourdes ou votre CA important. Si vous démarrez, vous payez 80-150 €/mois d'expert-comptable pour un avantage fiscal qui n'existe pas encore. Démarrez en micro, basculez quand le calcul devient favorable.

3. Mélanger compte perso et compte pro

Tracer ses recettes et ses dépenses pro à partir d'un compte personnel mélangé devient un cauchemar à la déclaration et en cas de contrôle. Compte pro dédié dès le départ, même si non obligatoire la première année.

4. Oublier le versement libératoire au moment de l'inscription

À la création de votre micro, on vous propose le versement libératoire de l'impôt sur le revenu : 1 % de votre CA pour la vente de biens, 1,7 % pour les services artisanaux (BIC services), 2,2 % pour artistes-auteurs. C'est avantageux uniquement si votre revenu fiscal de référence du foyer est inférieur à un certain seuil (~28 800 € par part en 2026). Au-dessus, l'option n'est pas accessible. À vérifier avant de cocher la case.

5. Ne pas anticiper la sortie de la franchise TVA

Beaucoup d'artisans en croissance se réveillent un mois en franchissant le seuil de franchise (~85 000 € en biens) et découvrent qu'ils doivent ajouter 20 % de TVA à leurs prix du jour au lendemain — soit ils baissent leur marge, soit leurs clients voient leurs prix augmenter de 20 %. La bonne pratique : anticiper le passage TVA dès que vous atteignez 75 % du seuil (~63 000 € de CA cumulé sur l'année), en montant progressivement vos prix de 5-10 % chaque trimestre.

En résumé

FAQ

Faut-il vraiment se déclarer pour vendre quelques créations ? Oui, dès que la vente devient régulière et publique. Pas pour 2-3 ventes par an entre amis.

Quel est le statut le plus simple pour démarrer ? La micro-entreprise dans 80 % des cas.

Micro-entreprise ou artiste-auteur, comment choisir ? Micro pour les objets en série, artiste-auteur pour les œuvres d'art originales (peinture, sculpture, photo d'art).

Quels sont les vrais plafonds de la micro-entreprise en 2026 ? 188 700 € (biens) ou 77 700 € (services) en plafond CA ; ~85 000 € / 37 500 € en seuil de franchise TVA.

Combien je vais payer en cotisations en micro-entreprise ? ~13,3 % du CA pour la vente de biens, ~23,4 % pour les services et artistes-auteurs (cotisations + versement libératoire).

Puis-je cumuler vente de créations et statut salarié ? Oui, c'est même la situation la plus fréquente.

Auto-entrepreneur = micro-entrepreneur ? Oui, exactement le même statut.

Faut-il un compte bancaire pro ? Obligatoire dès 10 000 € de CA pendant 2 ans. En pratique, ouvrez-en un dès le départ.

Pour aller plus loin

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